Rima Pipoyan : une chorégraphe à suivre
Ce samedi 23 novembre, la Maison de la poésie consacrait une soirée à la metteuse en scène et chorégraphe Rima Pipoyan. L’occasion de découvrir quatre pièces étonnantes de cette figure de la danse contemporaine arménienne.
Rima Pipoyan est une artiste pluridisciplinaire qui déborde de projets. Initialement danseuse de ballet classique, elle est devenue professeur, a créé sa propre troupe (The Rima Pipoyan Dance Company) et a également conçu sa Fondation (The Choreography Development) à Erevan.
Reconnue et primée internationalement, Rima propose une conception hétéroclite de la danse contemporaine qui mêle cinéma, musique, spiritualité, arts martiaux et … questionnements climatiques.
Avide d’expressions nouvelles, ses mises en scènes sont très attachées à l’aspect esthétique qu’elle conjugue avec autant de puissance que de sensualité. En quête de mouvement, de grâce mais aussi de sens, les performances de Rima ne se contentent pas d’être belles visuellement : mêlant la transe, la lutte et l’instinct, elles offrent des réflexions multiples sur la liberté et le moi intrinsèque.
KHALI : une procession lancinante
Cette composition de trente minutes est construite autour de cinq danseuses dont les robes symbolisent les couleurs principales d’un tapis arménien intergénérationnel. Un brin vestales, un brin derviches, ces jeunes protagonistes évoluent avec fluidité sur une mélodie lancinante de Hayk Karoyi.
Armées d’un banc de bois qui se plie et se déploie comme une trame, on les voit onduler, se mêler et se disperser sur la scène dans des mouvements répétitifs et saccadés qui nous font parfois penser aux mécanismes d’un métier à tisser.
À travers les tableaux cinétiques qui se succèdent, on songe aux Parques Romaines et l’on se dit que ces fileuses antiques tracent à leur rythme le destin des hommes : belles, hypnotiques et magiciennes, elles créent des liens chromatiques, s’unissent émotionnellement, puis se séparent dans un espace-temps qui disparait à la fin du spectacle. Magnifique.
Découvrir la vidéo de Khali : https://youtu.be/IpgHsOgQFNI
BONE : une partition martiale et cabalistique
Cette œuvre s’inspire du livre de Clarissa Pinkola Estès : « Les femmes qui courent avec les loups ». Puissante et instinctive, elle fait s’affronter et fusionner deux danseuses autour d’un bâton. Tour à tour prêtresses ou guerrières, elles se narguent, incantent et combattent pour enfin se réconcilier et redonner vie aux sépultures de défunts.
Dans ce cheminement syncopé, le bâton frappe et balaye tout en servant à la fois d’arme et de point d’équilibre. Passant d’une main à l’autre, il rythme cette cabale en liant les corps autant qu’il les sépare puis crée un mouvement circulaire et cyclique qui galvanise les spectateurs.
YEL : une lutte dansée pour la liberté
Cette pièce maintes fois primée fait songer à un cantique ou une triste prière. Inspirée par le très beau chant de Komitas qui signifie « Lève-toi ! » (Yel en arménien), elle met en scène Rima Pipoyan au cœur des ruines de l’antique forteresse d’Erebuni. Les yeux grimés de noir, la demoiselle danse en heurtant des murs millénaires et enchaine les chutes dont elle se relève de façon récurrente. Toute sa chorégraphie est une lutte : lutte avec l’air que ses bras happent, lutte avec le ciel que ses yeux invoquent, lutte enfin avec elle-même et ses propres fantômes intérieurs qu’elle se doit de combattre pour pouvoir avancer.
Découvrir la vidéo de Yel : https://www.youtube.com/watch?v=K9ywTiRXHnU
REEK : Environmental Dance Project
Ce dernier morceau fait partie d’un projet artistique relatif au changement climatique et à la préservation de l’environnement. Prisonnière de filets et d’objets éparses, Rima se grime de salissures et tente d’extraire son corps de détritus abandonnés par l’homme dans la nature. À mi-chemin entre la transe et l’aliénation, sa chorégraphie interroge le public sur les merveilles de notre terre et sur ses éléments : face à la beauté de l’eau, du sable, de l’herbe et de la roche, Rima Pipoyan souligne en dansant la bêtise de ses congénères et tente de leur faire prendre conscience de la fragilité du monde.
Découvrir la vidéo de Reek : https://youtu.be/ST_VqaxlQJU