Les dimanches de Mariam ne seront plus aussi beaux qu’avant. Une chanteuse qui après avoir chanté la joie et le soleil, traverse une sombre épreuve : la mort d’Amadou. Son binôme à la vie comme à la scène venant de rejoindre les étoiles à l’âge de 70 ans des suites d’une maladie.

Amadou et Mariam - Amadou - décès -

Extinction d’un homme rayonnant

« La perte d’Amadou est une symphonique inachevée. » C’est avec ces quelques mots poétiques que l’animateur culturel Mory Touré a tenu a honoré la mémoire d’Amadou Bagayoko. Un « maestro » salué aussi par son collègue congolais Fally Ipupa ainsi que par une vague d’hommages d’artistes comme Manu Chao et même figures du monde politique. Dont le ministre malien de la Culture, Mamou Daffé ayant exprimé sa « consternation ». Une triste nouvelle officialisée depuis la France par Yannick Tardy manager du duo. « Il ressentait une fatigue importante et a été transporté à la clinique » a-t-il confié en précisant que le chanteur était décédé l’après-midi même du jeudi 4 avril 2025 de façon subite à Bamako. Une issue malheureusement pas si surprenante que ça puisque d’après Youssouf Fadiga, son beau-père souffrait d’une maladie « depuis un certains temps ». Il laisse derrière des lui des millions de fans, trois enfants mais surtout sa bien aimée Mariam.
Un duo uni à la vie comme à la scène jusqu’à ce que la mort les sépare. Né en 1976 d’une rencontre à l’Institut des jeunes aveugles de Bamako alors qu’ils étaient âgés de 21 et 18 ans. L’un était musicien joueur de guitare, l’autrechanteuse. Tous deux portés par les même goûts musicaux. Couple qui s’est passé la bague au doigt quatre ans plus tard avec pour lune de miel leurs premières compositions à quatre mains et yeux aveugles. Lui depuis l’âge de 15 ans après une cataracte congénitale. Elle des suites d’une mauvaise rougeole alors qu’elle n’avait que 5 ans. Handicap commun qui ne les a pas empêché de voir la vie en rose tout en devenant « la voix des sans-voix ». De véritables porte-parole pour le monde du handicap qui ont agi pour casser les barrières tout en sensibilisant le grand public à leur cause. Combat mené dans l’amour et la paix et bien entendu en musique. Des inséparables qui avaient éteints ensemble la flamme des Jeux Paralympiques lors de la cérémonie de clôture au son du grand classique de Gainsbourg « Je suis venu te dire que je m’en vais », aux paroles plus que jamais de circonstances.

Amadou et Mariam - Amadou - décès -

Un duo solaire

Des artistes solaires rentrés en pleine lumière en 2004 avec « Beaux dimanches » ou «  Dimanche à Bamako » pour le grand public. « Les dimanches à Bamako c’est les jours de mariage. Les hommes et les femmes ont mis les beaux boubous, Les bijoux et les chaussures sont au rendez-vous, Les bassins et les bogolans sont au rendez-vous, La mariée et le marié sont aussi au rendez-vous » décrivent-ils sur cette chanson aussi lumineuse qu’entêtante demeurant leur plus grand succès. Une invitation au voyage plongeant au coeur de la capitale du Mali où ils ont grandi au milieu de la joie et la fraternité d’un peuple généreux et festif. Un tube qui en plus de 20 ans a fait le tour de la planète. Un single extrait de l’album du même nom produit par le célèbre Manu Chao, récompensé entre autre aux Victoires de la Musique catégorie « musique du monde ». Parmi leur palmarès également de nombreux titres dont une nomination aux Grammy awards en 2010 mais aussi plus d’un million d’albums vendus. Mais aussi une collaboration avec Damon Albarn, leader de Blur et Gorillaz, une célébration de « L’amour » avec Christophe Maé et des premières parties de Coldplay ou U2. Une discographie singulière composée de messages simples sur la vie quotidienne, la société, portés par dessonorités entêtantes et solaires issues de la tradition bambara avec une touche de rock, funk et électro. Un duoenjoué et chaleureux mais aussi engagé qui a entre autre fait entendre sa voix pour dénoncer l’injustice et l’hypocrisie de la politique tout en réclamant « la paix pour le peuple ». Discours qu’ils avaient entre autre fait entendre en 2009 à Oslo, en jouant en l’honneur Barack Obama lors de la remise de son prix Nobel de la paix. L’une des séquences phares de leur belle carrière qu’ils avaient compilé en septembre dernier au sein du best-of « La vie est belle » résumant parfaitement leur philosophie et musique.

DROUIN ALICIA